La RMBMU en évaluation périodique pour 2017

Voici l’avant-propos de l’autoévaluation périodique de la RMBMU déposée le 9 janvier 2017:

La responsabilité d’imaginer et d’agir.

Il y a dix ans, en nous présentant devant l’UNESCO United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization avec les documents portant notre ambition de voir la Manicouagan rejoindre le Réseau mondial des réserves de biosphère, nous avions la vision que cette désignation serait un outil de développement régional de grande importance pour notre communauté.

Un outil de premier plan pour voir émerger, ici, un milieu exemplaire de collaboration, pour renforcer nos capacités et pour nous donner les moyens de prendre en charge l’évolution de notre collectivité. Nous voulions nous offrir une région modèle de développement durable, et ce, dans une région sous-représentée en matière d’aires protégées, un milieu économique dominé par des multinationales d’exploitation des ressources naturelles et des Premières Nations en pleine définition de leurs droits devant les tribunaux.

C’est dans ce contexte peu évident que nous nous donnions la « responsabilité d’imaginer et d’agir ». Les attentes étaient élevées sur tous les plans. Monsieur David Walden, alors Secrétaire général de la Commission canadienne pour l’UNESCO, nous envoyait d’ailleurs ce message au terme du processus de désignation : « Manicouagan-Uapishka représente une direction prometteuse pour l’évolution des réserves de biosphère modernes et je suis confiant qu’elle contribuera de façon significative à inspirer l’ensemble du réseau dans son cheminement vers un développement durable. »

La mise en œuvre de cette vision devait néanmoins être empreinte d’une forme importante d’humilité puisque la RMBMU ne détient aucune autorité règlementaire sur la gestion territoriale, les politiques sociales ou autres. Le socle de son influence ne peut être que l’exemplarité, l’innovation et la capacité de bâtir la confiance avec la multitude d’instances publiques et privées qui détiennent cette autorité, et de les amener à s’engager volontairement dans les processus qu’elle propose.

La RMBMU a donc entamé son premier voyage décennal en adoptant une planification stratégique à partir de cette vision et en connexion directe avec les trois fonctions du Cadre statuaire du MAB Man and Biosphere . Cette planification était coconstruite avec l’ensemble des parties prenantes intéressées, incluant des experts de l’extérieur. C’est ainsi que les quatre axes qui soutiennent tout le travail effectué jusqu’à maintenant sont apparus. Ils constituent le cœur de notre action :

  • Appliquer la durabilité
  • Créer de la fierté
  • Accentuer le réseautage
  • Générer du savoir

Imaginer et agir, donc, à partir de ces axes et avec la flexibilité et la créativité nécessaires à la mise en œuvre d’une telle vision dans une région comme la nôtre. Nous avons ainsi mis en place plus d’une centaine d’initiatives durant les dix dernières années et dont certaines constituent des ancrages à long terme pour le développement durable de notre communauté.

Comme le disait Francesco DiCastri (1998), la durabilité « recouvre les espaces de participation et de solidarité avec les autres, proches et lointains, connus et inconnus, les générations futures et la nature ». Le développement durable est impossible en vase clos. Bâtir des alliances est fondamental pour en assurer l’implantation. La RMBMU travaille donc constamment à tisser de solides réseaux locaux et régionaux, mais tout en prenant acte qu’elle a un devoir de solidarité envers la grande communauté des réserves de biosphère et qu’elle fait donc partie d’un ensemble national et international. Elle a joué un rôle de premier plan à tous ces niveaux et s’est positionnée en meneuse pour son travail avec la grande entreprise, avec les Premières Nations et pour sa mobilisation locale en matière de développement durable.

Force est de constater aujourd’hui que dix ans de travail représentent peu à l’échelle de l’ambition initiale et du défi global de la durabilité. Une somme colossale de défis demeure devant nous, mais cette période nous a permis de voir le statut de réserve de biosphère dans ce qu’il a de plus pertinent, comme un territoire où s’incarnent, dans le réel et tout près des gens, les grands principes de l’une des branches les plus nobles des Nations Unies. C’est l’UNESCO à échelle locale. Nous voyons notre réserve de biosphère comme une invitation à l’excellence sur tous les plans.

Paul Provencher (1974), un illustre personnage de notre région, écrivait :

La nuit épaisse tombe sur la forêt, et le gel s’abat comme une hache sur le petit campement. Le trappeur n’a pas perdu son temps, et c’est le cas de dire que ses coups ont porté. Lorsque les toiles recouvrent les perches, que la neige est entassée tout autour sur les côtés, que le poêle chauffe et qu’il y a une fesse de castor dans le chaudron, il glisse alors dans un bien-être presque absolu, ne comprenant pas encore qu’il est en train de vivre, au fond des bois, les meilleurs moments de sa vie.

Ces dix dernières années, la RMBMU n’a pas perdu son temps et ses coups ont effectivement porté. Elle s’est construit un campement confortable mais qui, à l’image de la citation, sera à refaire demain. Elle est en pleine croissance, en pleine effervescence à l’heure actuelle. Elle est devenue une organisation de premier plan dans le développement régional du territoire de Manicouagan-Uapishka et même au-delà, elle a instauré un changement réel, elle est en train de vivre le meilleur de ce que nous croyions possible d’accomplir au moment d’être désignée.

Le statut de réserve de biosphère permet plus que la mise en place de standards élevés en matière de développement durable. Pour notre communauté, il est un renforcement de notre identité particulière de par notre appartenance à un réseau mondial, un outil rassembleur puissant qui incite à la prise en charge et par lequel concrétiser nos aspirations.

C’est sur la base de ce constat et des réalisations sur lesquelles il se fonde que nous vous soumettons aujourd’hui les documents nécessaires à la première évaluation périodique de la Réserve de la biosphère de Manicouagan-Uapishka.

Jean-Philippe L. Messier
Fondateur et directeur, RMBMU